Avec un couteau, il avait tué un homme et blessé deux autres en 2007. Ce jeune homme de 20 ans a été condamné hier à quatre années de prison ferme.
« Lui, mon frère, avait tout pour s'en sortir ». Mais c'est lui qui comparaît aujourd'hui devant une cour d'assises. Simon Chevalier, tout juste 20 ans et accusé d'avoir tué, avec un poignard, un homme et blessé deux autres, à Nantes. Simon qui, cet automne 2007, voyait son horizon s'éclaircir, un BEP en poche, un bac pro devant lui, un boulot... L'amorce d'une vie nouvelle alors que son frère, Clément, persistait dans les bêtises. Mais ces deux -là sont terriblement unis. Le soir du crime, trois hommes ont surgi dans l'appartement de Simon pour récupérer 150 ¤, une dette de shit contractée par son frère, alors absent.
Les trois agresseurs ont commencé par chiper des affaires, des vêtements, la télévision toute neuve. « L'accusé a alors frappé, frappé, frappé avec une violence incroyable », expose Laurent Griffon, l'avocat général. Simon Chevalier est devenu, ce jour-là, un criminel. Il n'a pas eu l'intention de tuer mais Fahem Moussaceb, alias Bourvil, 22 ans, est mort dans le hall de l'immeuble.
Mal structuré
« Vous avez bénéficié de tellement de choses dans votre vie. Qu'en avez-vous fait ? », s'exclame Laurent Griffon. Mais la vie de Simon Chevalier n'a pas été si rose. Nés en Colombie, lui et son frère ne gardent de leur enfance que des « images en noir et blanc ». Images incertaines d'un père tué par balle alors qu'il faisait ses courses. Images floues d'une mère qui a dû les abandonner. Ils ont trois et quatre ans et souffrent de malnutrition quand ils arrivent en France. « Tout s'est bien passé jusqu'à l'adolescence », raconte l'accusé, les yeux rougis. Après ? « J'ai rejeté mes parents. » Les deux frères « ont construit leur adolescence ensemble contre les Chevalier, contre la société », confirme Me Anne-Gaëlle Gonsse, son avocate. Peur d'être à nouveau abandonné, Simon a grandi dans un sentiment d'insécurité et de méfiance. Impulsif et adolescent. L'expert décrit : « une personnalité mal structurée ». Le soir du crime : « Il ne s'est pas senti capable de désamorcer la situation. Il a pris ce qu'il avait sous la main ». Un couteau. Il a tué Fahem Moussaceb, Algérien, clandestin, égaré à Nantes. « Lui aussi un déraciné », insiste l'avocat général qui requiert 7 ans d'emprisonnement. L'avocate de Simon plaide pour deux ans de moins. Aujourd'hui, il apprend l'espagnol en prison, voit ses parents très souvent, consulte un psy, « prend conscience ». Il grandit. Pour résumer comme le dit un expert : « Il a pas mal d'atouts. » Après deux heures de délibéré, les jurés ont tranché : cinq ans dont un an avec sursis et mise à l'épreuve. Dans le rang des victimes, c'est l'incompréhension.
Marylise COURAUD.
Ouest-France
